Le 9 septembre 2026, l'UNESCO a publié les résultats de la première édition africaine de son Science Club Challenge. Parmi les six clubs distingués par un prix de bronze figurent deux initiatives camerounaises : GIT Club et le Club Jeunes IRD « Météo-Eau-Horizon ». Le premier prix est revenu à STEM Club ESwatini, tandis que des clubs du Malawi, de Namibie et du Lesotho ont reçu l'argent. La nouvelle mérite d'être racontée pour ce qu'elle est : une reconnaissance de projets documentés, pas une preuve que l'enseignement scientifique serait déjà accessible à tous les jeunes du continent.
Ce que les chiffres mesurent
Selon l'UNESCO, 83 clubs ont participé au concours, représentant plus de 27 000 membres étudiants, dont 19 000 filles, et près de 1 800 formateurs. Ces nombres décrivent l'ensemble des clubs candidats, non les seuls lauréats camerounais. Ils ne sont ni un recensement de tous les clubs africains ni une mesure indépendante de leur impact pédagogique. Le concours demandait des rapports et des vidéos sur des activités STEM et des solutions conçues localement en réponse à des défis de développement durable. C'est un matériau utile pour comprendre ce que font les équipes ; il ne suffit pas, à lui seul, pour mesurer les acquis des élèves quelques années plus tard.
L'annonce a été faite lors du lancement du Global Engagement Network for Science, le 16 juillet, mais l'article public de synthèse a paru le 9 septembre. Ces deux dates ne doivent pas être fusionnées. La première correspond à l'événement ; la seconde à la publication de la source utilisée ici. Le réseau, selon l'UNESCO, relie désormais 317 clubs dans 62 pays. Cela décrit une infrastructure d'échange et non une garantie de financement continu pour chaque établissement.
Pourquoi les clubs peuvent changer l'apprentissage
Un club peut offrir un temps d'essai que le cours ordinaire n'a pas toujours : formuler une question, construire un dispositif, constater une erreur, recommencer et présenter le résultat. Un projet sur l'eau, par exemple, peut réunir observation météorologique, mesure, électronique, géographie et rédaction. L'enjeu éducatif n'est pas d'accumuler les mots « robotique » ou « intelligence artificielle » sur une affiche. Il est de rendre visibles les décisions prises par les élèves et la qualité des preuves qu'ils produisent.
Le témoignage sur STEM Club ESwatini publié par l'UNESCO insiste sur la continuité d'un parcours, de petits projets à des études ultérieures. Il serait excessif d'attribuer toute réussite d'un ancien membre au club seul. En revanche, la continuité est une piste d'enquête solide : combien de jeunes reviennent d'une année à l'autre, combien deviennent eux-mêmes encadrants et combien poursuivent une activité scientifique quand la compétition s'achève ? C'est là que la distinction peut inspirer d'autres structures.
Deux noms camerounais, des questions concrètes
Le titre « Météo-Eau-Horizon » invite à examiner comment des élèves collectent des observations locales, vérifient leurs instruments et relient la pluie à des usages quotidiens. Mais l'article de l'UNESCO ne donne pas un protocole suffisamment détaillé pour attribuer au club tel capteur ou tel résultat chiffré : cela doit être obtenu directement auprès des responsables avant de le publier. Même prudence pour GIT Club. Un portrait approfondi devrait demander quels projets ont été soumis, combien de jeunes y ont travaillé, quel budget a été nécessaire et comment les participantes ont pris part aux décisions techniques.
Ce questionnement n'ôte rien au mérite des lauréats. Il évite simplement de remplacer le travail des jeunes par une formule publicitaire. Une photographie fournie par le club, avec consentement des personnes visibles, serait également plus juste qu'un cliché générique de laboratoire. Les images actuellement affichées sur le site de l'UNESCO portent des crédits d'auteurs ou de clubs ; elles ne sont pas automatiquement libres de réutilisation.
Ce que cela change — ou non — pour l'Afrique centrale
Une école de Douala, Yaoundé ou Bafoussam n'a pas besoin de reproduire immédiatement un grand laboratoire. Elle peut partir d'une question mesurable : la température varie-t-elle selon l'ombre dans la cour ? Une petite station de pluie est-elle cohérente avec les relevés d'un service météorologique ? Un relevé manuel bien tenu peut précéder l'achat d'une électronique coûteuse. Le coût des consommables, la disponibilité des adultes, la sécurité et le temps de restitution comptent autant que l'équipement.
Le prix de bronze ne démontre pas que le modèle est réplicable partout. Il justifie plutôt une enquête auprès des deux clubs camerounais et un suivi public de leurs méthodes. Pour RECA, la suite éditoriale utile serait un reportage avec leurs encadrants et des élèves, documentant une expérience précise, ses erreurs et ses résultats. Ce serait un hommage plus substantiel que la simple reprise du palmarès.
Ce que l'enquête devrait mesurer ensuite
Une récompense peut ouvrir des portes, mais pour parler d'effet durable il faudrait suivre des indicateurs plus proches des élèves. Par exemple : combien reviennent au club l'année suivante ? Combien réalisent eux-mêmes des mesures, des calculs et une présentation ? Les encadrants ont-ils les moyens de répéter l'activité sans nouvelle donation ? Les réponses devraient être recueillies auprès de plusieurs participants, pas seulement auprès du responsable le plus visible. Un petit reportage pourrait aussi documenter le coût d'un projet, y compris les transports et les consommables, car la gratuité apparente masque souvent du travail bénévole.
Il faut enfin garder les échelles séparées. Le concours couvre plusieurs pays, tandis que les deux clubs camerounais sont des cas particuliers. Leur prix ne prouve ni que tous les établissements du pays disposent de clubs, ni que les difficultés de formation des enseignants sont résolues. La revue ADEA de l'enseignement STEM dans neuf pays africains souligne justement le besoin de ressources, de formation et de suivi. Cette source comparée ne constitue pas une étude détaillée des deux clubs, mais elle aide à formuler les questions que le palmarès ne peut pas trancher.
Ce que peut apporter une enquête sur les pratiques
Les clubs récompensés ont soumis des rapports et des vidéos, mais le public ne voit pas forcément tout le processus d'apprentissage. Une visite permettrait de suivre une séance du début à la fin : qui pose la question, qui touche l'instrument, qui vérifie les mesures, qui parle lorsque le résultat contredit l'idée initiale ? Les réponses documenteraient une pratique plutôt qu'un symbole. On pourrait aussi demander à un élève récemment arrivé de raconter ce qu'il a compris sans l'aide du responsable du club. Cette approche évite de ne filmer que les membres les plus expérimentés.
Le budget doit être expliqué dans ses détails. Un kit électronique peut être donné, mais l'électricité, les composants de remplacement, le transport et l'accès à Internet ne le sont pas toujours. Le club dispose-t-il d'un lieu où garder les instruments ? L'établissement réserve-t-il du temps aux encadrants ? Les projets se poursuivent-ils après la remise des prix ? Ces questions sont importantes pour une école qui voudrait s'inspirer de l'exemple sans disposer du même réseau de partenaires.
Enfin, l'inclusion peut être observée dans les rôles. Le concours mentionne une forte participation de filles dans l'ensemble des clubs candidats, ce qui est encourageant. Il reste à savoir si celles-ci ont accès à la programmation, à la mesure et aux décisions, ou si elles sont surtout présentes dans la communication. Une enquête locale ne doit pas supposer la réponse. Elle devrait interroger participantes et participants dans des conditions qui leur permettent de parler librement, puis décrire les pratiques efficaces sans prétendre qu'elles s'appliquent mécaniquement à toutes les écoles.
À vérifier avant publication
Obtenir les réponses des deux clubs sur leurs projets soumis et demander l'autorisation écrite d'utiliser une photographie, surtout si des mineurs y figurent. Ne pas présenter les chiffres continentaux du concours comme des chiffres camerounais. Compléter avec une évaluation indépendante des apprentissages si l'article doit avancer un effet éducatif mesuré. La page du réseau GENS peut évoluer après la date de l'annonce ; conserver la date du palmarès lorsque ses chiffres sont cités.

